Assumer un chemin de vie
Trouver le centre de gravité de sa propre histoire
Pour vivre apaisé, il y a peut-être des choses triviales dont chaque être humain devrait être au fait!
En ce qui me concerne, je dois presque « avouer » une histoire… mon histoire. Et je dis avouer comme un délit ou un mensonge que l’on révélerait pour enfin avoir la conscience tranquille.
Je l’écris aujourd’hui parce que je viens de comprendre, après de longues années, que je passais ma vie à me tenir juste à côté de moi-même. À parler de mon parcours comme s’il appartenait à un autre.
Oui, les gens qui m’entourent savent que j’ai eu un accident… ma famille le sait, mais personne ne peut se douter de son impact dans ma vie, parce que j’ai tout fait pour ne pas parler de la souffrance invraisemblable qu’il m’a imposé. En parler, m’aurait placé devant ma propre vulnérabilité, en parler complètement, me donnait l’impression que je n’allais plus pouvoir maîtriser la spirale d’enfer dans laquelle je me sentais irrémédiablement aspiré.
Le temps de ma formation en coaching fut une période où j’ai parlé – trop et je me suis déçu à moi-même pour cela – de diverses épreuves de ma jeunesse. Bien sûr, j’ai mentionné cet accident car il était la raison pour laquelle je m’étais orienté vers l’anthropologie pour mes études.
Et aujourd’hui, je l’écris, je prends conscience que c’est comme un abcès à crever, ou peut-être comme un coming-out…
La vérité sur cet élément précis de mon histoire
La vérité, la voici, sobrement. J’ai eu un accident de travail à l’âge de 19 ans. J’étais alors dans un métier de pleine nature. J’étais au travail, c’était vers 8h30 le matin.
Cela n’a pas été un accident « grave » au sens où il aurait fallu appeler les secours pour m’envoyer en urgence à l’hôpital. Non, mon collègue m’a sorti d’une très mauvaise posture, j’étais bloqué sous un arbre glissant sous son propre poids dans la pente… Il m’écrasait de plus en plus et me tordait au niveau du haut du corps. Je me suis vu mourir j’ai compris que je devais rester le plus calme possible. Au bout d’un moment, je ne pouvais plus qu’à peine respirer, puis plus du tout. J’avais vu mon collègue comprendre la situation et se précipiter vers moi, faire le plein de sa machine – précaution pour être sûr qu’elle ne crève pas pendant son opération de – oui – sauvetage.
J’ai, je me le rappelle bien, pensé que c’était fini : j’ai « vu le film » de ma vie en accéléré… et soudain je pouvais à nouveau respirer. Il fallait maintenant se relever. A grand peine, certes, mais j’y suis arrivé. Rien de cassé (j’aurai plusieurs blessures profondes mais c’est pas le sujet)… j’ai fait ma pause et on a fait silence là-dessus. Je lui dois la vie, c’est un fait.
Des douleurs étaient là. C’est normal après avoir été écrasé en torsion. Mais, encore une fois, rien de cassé sinon mon « être » et ce n’était que le début. Il suffisait d’attendre. Le soir venu, rentré à la maison, ma mère a immédiatement compris que j’avais eu un traumatisme. Ancienne infirmière, elle m’a vu en état de choc. Elle a voulu m’emmener à l’hôpital, j’ai dis non, j’ai été me coucher. J’avais trop honte de moi – concrètement, il y avait une erreur de ma part à l’origine du drame.
Il m’a fallu des semaines pour me tenir droit sans avoir trop mal ; et des douleurs commençaient à se faire sentir ici et là… elles vont s’installer petit à petit… elles vont se sentir chez elles et envahir mon corps et ma vie. L’enfer s’avançait vers moi et avec lui, des années de soins de toutes sortes sans résultat allaient advenir.
Je suis passé par tous les états d’âme possibles, j’ai refoulé tout ça avec différentes méthodes, pas vraiment saines pour le corps et l’esprit! Ah! l’esprit, ou globalement « ce qui se passaient dans ma tête »… cela n’avait jamais été très agréable mais… comment en parler aujourd’hui sans raccourcis?
J’ai parfois vécu certains épisodes quasiment surnaturels, et qui furent un peu comme des bouées de sauvetages. Une fois en particulier, c’était comme une présence, elle m’a suggéré qu’Il était quelque chose – quelqu’un – de plus grand, qu’Il était là, qu’Il veillait, mais qu’Il comptait aussi sur moi pour faire ma part dans cette situation. Sinon…
À partir de là, j’ai commencé à remonter… gentiment.
Au final, en une seule formule – car c’est l’objet de ce site que de la développer – comment dire autrement que j’ai pris mon « être en survie » pour l’étudier, en faire mon propre objet d’observations et d’études. J’ai en fait médité et travaillé sur ce que David LeBreton appelle, dans son anthropologie de la douleur, « l’épaisseur humaine » en scrutant comment cette expérience traumatique avait fabriqué « ça » dans mon corps.
J’ai progressé dans cette « science » et j’ai un jour découvert la méditation Vipassana. Soulagement, d’abord, puis guérison. J’ose le dire. C’était ma part.
La remontée
Oui, j’ai été chercher la guérison. C’est un mot ça! Guérison. C’est vite dit.
Les bénéfices de la (non)-méthode ont été tout de suite là. Mais il y avait aussi les craquages, quand j’arrivais plus à faire face aux douleurs, aux sentiments que ça n’allait jamais arrêter, que j’étais « cerné » par cette réalité qui devait irrémédiablement – une fois ou l’autre ce n’était qu’un affaire de temps – me détruire. Et il fallait retrouver le calme, et il fallait retrouver une sorte de « confiance ».
Ma vie était devenue à l’image de l’expérience de pensée du paradoxe de Zénon d’Élée où Achille, le lièvre, ne rattrape jamais la tortue. La résolution du paradoxe est pourtant simple, les positions successives de la tortue et du lièvre ne doivent pas être ramenées l’une à l’autre. Mais pour moi, la douleur était indissociable et la possibilité de chaque actions se mesuraient à la distance qui nous séparait au temps t!
J’ai ici une pensée pour toutes les personnes qui sont une fois venues me chercher à la maison pour allez aux cours, car elles savaient que j’étais perclus de douleur dans mon lit. Dans un parcours de guérison, il faut aussi ce genre de personne.
Bref… après la guérison une « sorte » de sentiment d’accomplissement absolu
On se comprend… les douleurs ont « baissé » j’ai mieux pu les intégrer à mon être et parfois elles cessaient, revenaient, puis cessaient à nouveau. À un moment j’ai pu dire « ok cette fois c’est bon, je suis sorti d’affaire ». Que ce passe-t-il à ce moment? J’ai l’impression qu’il y a comme un syndrome de l’accomplissement absolu*.
Ce n’est pas identique, certes, mais d’une certaine manière un « décalage » c’est fait dans ma vie. Je dis parfois que ce parcours c’est mon vrai CV, c’est un curriculum où j’ai atteint un sommet – à force d’abnégation et de travail – que personne ou très peu arrive à rejoindre. Mon résultat est peut-être le même que celui d’un Milton Hayland Erickson. Ce n’est pas un « doctorat », c’est la Vie, c’est l’absolu.
Mais mon parcours professionnel, lui, est celui de quelqu’un qui n’a jamais vraiment pu s’engager à fond dans autre chose que l’effort de guérison… limité par sa course contre la tortue toute mon énergie y est passée. Aujourd’hui en pleine forme, je suis un peu avec ce sentiment que je ne peux rien accomplir de plus important que d’avoir retrouver la vie. Comprenez-vous cela?
Et que toute action supplémentaire est vouée à l’échec. J’ai bien retrouvé du travail, mais il ne pas pas du tout amené la satisfaction escomptée, tout le contraire. J’ai bien renoué avec des projets, mais que m’amènent-ils?
Je n’ai plus le choix, je dois regarder ce parcours comme ce qu’il est : mon histoire. Je dois me séparer de la honte d’avoir eu cet accident, accepter que mon collègue m’a sauvé la vie, et accepté que j’ai moi-même eu un parcours exceptionnel : et en être fier.
Un décalage de valeur très profond, ontologique
Une complexité bizarre c’est produite dans ce parcours. A la suite de cet accident, il y a eu un parcours assurantiel. Il s’agissait de retrouver du sens et une activité que je pouvait raisonnablement faire (la course avec la tortue). Et de mon métier de plein-air, je suis passé à un métier de laboratoire de physique. J’ai ensuite fait une école d’ingénieur. Cela, dans des conditions que je n’avais jamais imaginées possibles (mais je vois aujourd’hui que je l’ai fait).
Concrètement, ce parcours me montrait que toutes les techniques thérapeutiques et même médicales ne m’ont pas aidées tout en coûtant une fortune. Au contraire, ma « science de la quiétude » m’avait soulagé à la première minute et finalement guéri… Cela m’a bouleversé. J’étais ingénieur, ont développait des outils d’une grande complexité technique, le groupe voisin développait des exosquelettes, et pour moi? des années et des années de calvaires sans solutions techniques!
Ce paradoxe m’a fait plonger dans des lectures qui devaient me permettre de comprendre pourquoi j’avais guéri avec ce qui ressemblait plus à une quête de sens plutôt qu’à une méthode thérapeutique. Et surtout, sans « outil » technique! Le scandale!
J’ai vécu à ce moment, un très grand mouvement intérieur. Mes valeurs ont été bouleversées et un véritable déplacement ontologique (si je puis dire) m’a touché et m’a bien sûr transformé. J’ai alors réorienté – encore une fois – ma vie. Je l’ai fait trop « radicalement », sans doute, en recommençant des études en sciences sociales, plutôt qu’en adaptant mes acquis professionnels dans une direction sociale.
Je dis trop « radicalement » car je me rends compte que malgré tout, qu’ayant évolué et malgré tout formé mon cerveau dans les univers des « sciences durs », c’est pas facile de vivre le « déclassement » (parlons juste) subi en même temps. « Une fusée qui décolle c’est une merveille du progrès, une personne qui médite c’est qu’elle cherche à perdre son temps, perdue qu’elle est dans des univers de significations absurdes. » – pourrait-on penser!
J’ai vécu trop longtemps à côté de ma propre histoire, avec la honte de l’accident, la perte de maîtrise de ce moment où je me suis laissé happé et la quasi honte de ne plus appartenir au « progrès ». J’ai trop longtemps méprisé ce parcours, où j’ai décroché un master en sciences humaines et sociales autour des questions de santé. Où j’ai suivi une formation complète de coaching et accompagné une centaine de personnes à ce jour sans faire de publicité, en toute discrétion par rapport à ma famille, sans trop oser en parler, et de même concernant mon intérêt pour les veilles de personnes en fin de vie.
Mais dans ce parcours, il y a la libération ! C’est ça sa force. Et avec cette libération, une joie profonde et assez indescriptible. Une tranquillité, qui nourrit de l’intérieur, et une « connexion » à ce quelqu’un – ce Lui, plus grand et plus intéressant que tout que tous les autres « challenges » des temps modernes.
Avec ce site, je veux me faire apporteur de joie et de quiétude, en fournissant des formations motivées par mon expérience, mais documentées par les sciences humaines. Je me propose pour vous accompagner dans vos solitudes, sur le chemin des douleurs, pour trouver la lumière qui filtre à travers elles.
Reconnaître et bâtir
Le coût principal de cette manière de (ne pas) faire, c’est de passer à côté de sa propre vie. C’est ne pas vivre cet accomplissement qui est peut-être plus fort que celui de l’astronaute, car il se revit avec le partage. La splendeur est là, avec elle la joie – paisible – relevons ensemble de la trouver!
*Le syndrome de l’accomplissement absolu est un concept psychologique et sociologique décrivant la sensation ressentie après des exploits ou des performances qui ne peuvent pas être répétés au cours d’une vie.
Cette idée a notamment été mobilisée par Ueli Steck à la suite de son ascension de l’Annapurna II. Après ce genre d’exploit, il n’est plus vraiment possible d’imaginer des objectifs plus grands sans envisager une mort inéluctable. L’astronaute revenant de la Lune se trouve dans cette même situation : il ne voit plus quel objectif pourrait s’inscrire dans la suite de cet exploit.
Il en résulte souvent :
- Une paralysie de l’action : La peur de ne pas atteindre l’absolu empêche de commencer ou de finir des tâches.
- Une insatisfaction chronique : Même avec des succès objectivement importants, la personne se sent en échec car l’idéal « absolu » n’est pas atteint.
- Un épuisement professionnel ou personnel (burn-out) : dû à une pression constante.